Nos différentes expériences nous construisent et nous conduisent, depuis notre plus jeune âge, vers une approche personnelle de la pêche à la carpe. Notre vécu d’enfant au bord de l’eau nous façonne dans notre manière de voir et de comprendre ce qui nous entoure. Ainsi, La façon d’aborder une nouvelle destination après 10 ans de pêche découle implicitement de cet empirisme. D’emblée notre cerveau va ressortir tous les acquis et recouper toutes les situations similaires à celle rencontrée sur le moment. Toutes ces informations, fruits de nos réussites et de nos échecs mais aussi de nos connaissances théoriques, vont alors orienter notre réflexion sur la stratégie à mettre œuvre. Avec le temps, cela nous conduit même vers des routines de fonctionnement qui peuvent nous faire gagner en efficacité mais cela peut aussi engendrer une pêche trop stéréotypée et stérile…

Bien évidemment le débutant manque cruellement d’expérience (Lapalisse es-tu là ?) mais surtout il évolue vers des horizons différents selon son environnement. Incontestablement, notre singularité géographique ne nous place déjà pas sur la même route. En ce qui me concerne, après avoir commencé par la pêche au coup, je me suis rapidement tourné sur les carpes de Saône car cette rivière sillonne depuis toujours mon lieu de naissance. Elle a été une arène idéale pour me faire la main sur des bancs de communes entre 8 et 12 kg taillées comme des fusées.

Finalement, vite rassasié de ce type de pêche « facile en nombre » (à l’époque), je me suis orienté vers des eaux difficiles avec très peu de poissons, dénuées de toute pression et où tout restait à découvrir. Je dois dire que c’est l’alchimie entre la nature à l’état brute, l’absence de toute présence humaine ainsi que le mystère de la faune présente sous le miroir qui m’a réellement fait vibrer… En ces lieux, je ne compte  plus les heures passées à ne rien prendre et à traquer le moindre indice. Toutefois, les rares prises n’ont fait que renforcer le plaisir ressenti, surtout que au bout d'un an de pêche sur cette gravière délaissée, je place en fin d’année 1998 la barre à 27,5 kg ! Un instant qui deviendra déterminant pour la suite de mon cheminement personnel. En effet, il est indéniable que ce contexte de pêche m’a influencé sur mes destinations, mes envies et mes objectifs en matière de pêche à la carpe jusqu’à aujourd’hui. Habitué à prendre des "taules" pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines, je n’ai plus hésité  à m’orienter sur des lieux démesurés où le capot était fidèle mais où les surprises étaient de taille. Ce que je veux dire par là, c’est que ma région d’origine m’a permis de débuter par des cartons en rivière, puis de faire quelques poissons trophées en quelques années sur des lieux sauvages. Finalement, en goûtant à tout ça dès mes débuts et en expérimentant les mêmes choses en grands lacs, j’ai trouvé les chemins qui me correspondent et ou je m’éclate à 800%. La question est alors la suivante : si j’étais né dans une région pauvre en gravière de ce genre, aurais-je les mêmes penchants pour ces pêches difficiles et disproportionnées pour une carpe trophée? Je n’en suis pas certain…

                                                                     Un poisson déterminant pour la suite de mon cheminement...   

Bien sûr, je sais ce que vous pensez, dès le plus jeune âge les individus n’aspirent pas aux mêmes plaisirs dans la pêche et ce qui plaît aux uns ne convient pas forcément aux autres. Pour autant, les débutants qui habitent à côté d’une gravière à « thon » ou une à pin’s ne partent pas tout à fait sur les mêmes chemins ni sur les mêmes représentations de la pêche à la carpe…

Bien entendu, tout cela est corrélé à la motivation et la satisfaction que chacun trouve dans l’orientation donnée à sa passion et encore une fois, respecter cela me paraît être la base de l’éthique dont chacun devrait faire preuve. Autrement dit, si la motivation de certains les pousse sur des secteurs privés ou publiques où la touche est reine, et si celle des autres les oriente sur des lieux où les touches se font rares ou inexistantes pour toucher du lourd, tant mieux ! Tout le monde  y trouve son compte et c’est bien là l’essentiel. Chacun tâtonne et passe d’un type de pêche à l’autre pour trouver celui qui lui correspond. Pour une majorité, c’est l’alternance de plusieurs pêches (faciles/difficiles) qui va rythmer la saison et finalement varier les plaisirs. C’est en réalité cette mixité et la pluralité des cheminements qui caractérisent aujourd’hui la pêche de la carpe avec sa  population hétéroclite, bien loin des clichés d’une discipline marginalisée trop longtemps assimilée à la « classe ouvrière ». Alors pour que cette richesse perdure, aidons les jeunes pousses à se forger une expérience riche ainsi qu’un sens critique affûté et montrons le bon exemple en respectant les directions que chacun prend en son âme et conscience…

  Un « bon pêcheur » ne prend que les grosses… 

Dans la même lignée, je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire lorsque l’on aborde la notion de « bon pêcheur », terme qui ne veut d’ailleurs pas dire grand-chose à mes yeux. Le problème est qu’elle est trop souvent accordée à des personnes qui ont plusieurs poissons de plus de 20 ou 30kg à leur actif et je trouve le raccourci complètement réducteur et débile. Je ne vous raconte même pas les régions comme la Bretagne plutôt déficitaire en poisson de ce genre… On n’est pas prêt de voir émerger un bon pêcheur de si tôt si on se base sur ça ! Je veux le clamer haut et fort, ce n’est pas parce que vous avez pris un poisson de trente kilos que vous êtes un « bon pêcheur ». Je connais autour de moi bon nombre de pêcheurs dont le record ne dépasse pas cette soi disante barre de 20+ (leur région abritant très peu de poissons de plus de 18kg) qui les propulserait dans le costume de « super carpiste » et pourtant dieu sait qu’ils apprendraient pas mal de chose à beaucoup d’entre nous…

Malheureusement, la médiatisation régulière de ces records dans certains magazines banalise ces dinosaures à barbillons dans les représentations de beaucoup de débutant et pas seulement… Le résultat est sans appel pour une partie de la génération qui arrive : si tu n’as pas fait un poison de 20kg durant ta première année de pêche tu es une mer… ! Les dérives de tout ça ? Des poids gonflés et des photos en ouverture de focale maximale pour nous montrer que la terre est ronde! Car ce qui est important c’est que le poisson « fasse gros » sur la photo même si ce n’est pas le cas en vrai. Alors messieurs les illusionistes, arrêtez de tendre les bras en avant au maximum avec une carpe dans les mains, ce n’est pas donner des repères aux jeunes qui débutent, au contraire…Et ça m’exaspère profondément !

En revanche, il faut être réaliste, de plus en plus de très grosses carpes se font prendre aux quatre coins de la planète et ça, ce sont des faits bien réels. Mais ces poissons sont exceptionnels et ces prises ne représentent que quelque % des poissons pris. D’ailleurs, l’heureux élu a souvent du mal à tendre les bras en avant et tient plutôt son bijou collé contre lui…voilà un repère qui ne trompe pas!

  

                                              Difficile de tricher...

                                                jolie petite commune... nul besoin de tendre les bras! 

Bref, tout comme dans un kilo de pomme, il y’en a toujours des pourries, dans une population de pêcheur il y aura toujours des mauvaises graines, c’est incontournable. A nous d’être vigilant pour que ces champions de l’illusion ne servent pas d’exemple à la génération future!

Et si je devais qualifier un pêcheur de bon, ce serait dans ce sens là, pas de supercherie ni d’illusion, juste quelqu’un capable de respecter son interlocuteur dans tous les sens du terme…

 

@ bientôt

                   

 

 

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